Coeurs brisés, têtes coupées – Robyn Schneider, éd. Gallimard Jeunesse – 2013

41CEc8O60aL._SX210_.jpgÀ 17 ans, Ezra Faulkner est un élève brillant, beau et promis à une grande carrière dans le tennis. Mais c’est un soir d’été, avant son entrée en terminale, que sa vie bascule. Victime d’un accident de la route, blessé au genou, sa carrière de sportif s’effondre, entraînant avec elle sa réputation de roi de promo. Il déjeune désormais à la table des « loosers », hésitant parfois à retourner à son ancienne tablée, celle des « populaires ». Mais qui sont vraiment ses amis ?

C’est en s’inscrivant au club de débat, seule activité à laquelle il peut encore participer, qu’il va faire la rencontre de la belle et mystérieuse Cassidy Thorpe, nouvelle élève au lycée, elle aussi brisée par la vie. 

Est-ce le destin qui fait se croiser leurs chemins ? Peut-être bien, mais quoiqu’il en soit, leurs histoires sont bien plus liées qu’ils ne le croient. 

Au travers de la douleur, de leur tragédie personnelle et de l’appropriation de ce qui forge désormais leur nouvelle vie, va naître une histoire d’amour parfois chancelante… Une histoire dont Ezra ressortira grandit, car, au fil des pages, c’est à travers une observation de son moi intérieur que Ezra va apprendre et comprendre qui il est vraiment, aller à la rencontre de son nouveau moi et se détacher peu à peu de son ancien moi superficiel. 

Cœurs brisés, têtes coupées est un roman aux notes d’humour parfois mordantes, à l’écriture fine et habile. Des portraits de personnages qui sont en passe de devenir adultes, des personnages matures et avec beaucoup de répartie. L’auteur leur donne la voix à travers de nombreuses références culturelles et un vocabulaire particulièrement raffiné pour des jeunes de leur âge. 

Un roman à la fin inattendue, mais qui sera pour Ezra un nouveau départ puisqu’il saura tirer leçon et aura appris à accepter sa nouvelle vie, avec ses différences et ses (ré)apprentissages. 

À partir de 14 ans – 405 pages

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Entre nous et le ciel, Claire Gratias / éd.Rageot, coll. « In love » – 2015

Entre nous et le cielUn roman découpé en 5 actes, à la manière d’une pièce de théâtre. Sur le modèle de la célèbre histoire Manon Lescaut de L’Abbé Prévost, Claire Gratias réécrit l’histoire d’un amour adolescent tragique…

Un à un les personnages se succèdent, témoignant au poste de police les événements dont ils ont été récemment spectateurs. L’auteur leur donne le ton : tour à tour, s’avançant sur le devant de la scène, c’est au poste de police qu’ils vont se livrer, témoigner. La meilleure amie de Manon, sa mère, ses professeurs, une voisine : ils vont parler de Manon, raconter ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont entendu. Et c’est à la suite des témoignages que les fils de l’enquête se tissent pour nous raconter son histoire : la vie difficile qu’elle mène avec sa mère, ses fugues, ses absences, ses silences, sa rencontre avec un peintre… et surtout, à leur grand regret, sa soif inépuisable de liberté…

Le défi de la collection « In love » des éditions Rageot, c’est de remettre au goût du jour les histoires d’amour issues des plus grands classiques de la littérature. Pari tenu et réussi pour Claire Gratias qui a su remanier avec subtilité l’œuvre de Prévost en en conservant l’esprit ainsi que la thématique principale – un amour qui conduit indubitablement à la tragédie – et en y incluant une problématique sociétale d’actualité : résultant de ce travail, un roman sachant retenir l’attention du lecteur de par une habileté narrative. 

Comme l’écrit l’auteur elle-même dans la postface de son roman : « L’objectif était de montrer que même si le contexte a changé, si les mœurs et les codes de la société ne sont plus les mêmes qu’en 1731, la problématique, elle, reste identique ».

À partir de 14 ans – 188 pages

La Grosse, Marilyn Sachs / éd. Mijade – 2008

La Grosse.jpgQuand Jeff décide de quitter le cours de Chimie pour s’inscrire en poterie, il y fait la rencontre de Ellen De Luca, « la grosse », cette fille capable d’engouffrer deux cheese-burgers et des bâtons de chocolat à la suite. Elle est celle qui arrive toujours en retard, qui se cogne aux portes, qui fait du bruit en s’installant à sa table. Elle est celle qui se fait remarquer par tous, que l’on remarque tout de suite, mais à qui personne ne parle.

Jeff ne cessera de la critiquer, de l’ignorer et de dire des méchancetés à son égard. Mais il découvrira aussi qu’Ellen est une jeune fille comme les autres, qu’elle est pleine de gentillesse même si elle est très loin d’être douée en poterie, et qu’elle a surtout besoin d’un ami. Dès ce moment, il ne pourra plus s’empêcher de la regarder, de l’admirer bientôt, et tombera sous son charme.

Voulant l’aider, il lui apprendra à s’habiller, à être aimée, à marcher dans la rue, à parler… quitte à être un peu dur avec elle qui ne vit que d’adoration pour celui qu’elle peut désormais appeler son « petit ami ».

Mais ce que Jeff prend pour de l’amour ne ressort-il pas plutôt par un besoin d’aider quelqu’un en détresse ? D’être utile à quelqu’un, lui qui a vu sa famille se décomposer et sa mère vivre dans la détresse sans pouvoir rien y faire ? Finalement, lequel des deux est le plus mal dans sa peau ?

Un beau roman sur l’acceptation de l’autre, les différences, mais aussi sur le respect de la liberté de chacun.

À partir de 13 ans – 224 pages

Quatre filles et un jean, Ann Brashares, éd. Gallimard – 2010

Qautre filles et un jean

Quatre filles et un jean, c’est l’histoire de quatre amies inséparables, âgées de 16 ans, toutes aussi différentes les unes que les autres, tant sur le plan caractériel que physique. Et pourtant, chiné dans une friperie, un jean, qui leur ira à toutes parfaitement, qu’elles soient grandes, petites, minces ou rondes. 

Séparées cet été pour la première fois de leur vie, Lena, Tibby, Carmen et Bee vont se faire passer à tour de rôle le jean et se feront part au travers de lettres (lettres dont la graphie est propre à chaque personnage) de leurs aventures quotidiennes, quelles qu’elles soient, des rencontres inattendues à la découverte de l’amour, mais aussi la confrontation avec la maladie et la mort. 

Lena, jeune fille aussi belle qu’introvertie, part en Grèce chez ses grands-parents. Bridget, grande athlète, s’en va dans un camp sportif au Mexique. Quant à Carmen, elle prend l’avion en direction de la Caroline du Sud avant de rendre visite à son père qu’elle ne voit que peu depuis le divorce de ses parents et Tibby reste à Bethesda pour travailler dans une supérette. 

Cette histoire nous livre des moments forts autour de ces quatre voix, des moments où se mêlent rires, larmes, joie et souffrance. Ces moments de vie sont aussi soulignés par des proverbes, citations ou encore dictons, un au début de chaque chapitre. 

Ce jean sera là pour leur rappeler à toutes qu’elles ne sont pas seules. Un pacte sera établi avec des règles à respecter, comme le fait qu’ « Il est interdit de laver le jean », ou encore, phrase forte d’amitié qui sera pilier de ce roman : « rappelez-vous que ce jean symbolise notre amitié. Prenez-en soin ». 

Un roman qui laisse transparaître avec force de justesse les émotions de ces quatre filles, des émotions toutes aussi prenantes, et qui ne manqueront pas de toucher le lecteur. Un roman qui se déguste avec joie, parfois avec des larmes, mais qui ne manquera pas de faire rire. 

À partir de 13 ans – 376 pages

Le livre brûlé, T.2, Dans les eaux noires du lac, Françoise Grard, éd. Gulf Stream – 2015

Le livre brûlé 2Le livre brûlé en leur possession, alors que Chris et Irène tentent de déchiffrer les mystérieuses lignes qui composent le poème d’André Chanterel, voilà qu’Ulrich Hochgöriach enlève le faon et exige le livre en échange de l’animal. Découvrant le secret d’Irène et comprenant son attachement envers le jeune faon, Chris procède à l’échange. Mais voilà qu’au contact des mains d’Ulrich, le livre se consume, et retombe en cendres… 

N’ayant plus que leur mémoire pour faire vivre le poème, Chris et Irène vont être emportés dans un tourbillon d’événements et phénomènes tous aussi étranges et énigmatiques. Car l’anéantissement du recueil semble bien entraîner nos deux personnages dans un vertige fait de mystères et d’indices, les rapprochant de plus en plus au cœur de la vérité. 

La nuit suivant la destruction du livre, l’arbre gravé est arraché à sa terre, déraciné. Et, à son pied, Chris découvre une valise, vieille de 70 ans. Une valise contenant des vêtements, ceux d’une jeune femme, et surtout, un journal. 

Ce journal, c’est celui de Rachel Stein, une femme juive, envoyée dans le Morvan pendant la guerre afin d’échapper aux griffes des nazis. 

Quel est ce secret si douloureux qu’il ne laisse en paix ni la Nature ni la mémoire des protagonistes qui en sont issus ? La Nature semble avoir enfoui en elle la clé du secret, tout comme il se pourrait bien qu’il reste des témoins de cette funeste histoire… Les langues se délieront-elles ? Chris et Irène parviendront-ils à lire au-delà des vers du mystérieux poème ? Et si tous ces indices ne menaient qu’à un endroit ? Et si pour découvrir la clé de ce lourd secret il fallait plonger dans les sombres profondeurs des eaux du lac de Varmont ? 

Après un premier roman plein de mystères et qui tient le lecteur en avidité, ce second tome est davantage captivant. L’auteur sait retenir l’attention de ses lecteurs, de son écriture fluide et dynamique, où les événements s’enchaînent juste comme il faut, sans trop d’attente. Un coup de cœur pour ce roman qui se lit avec plaisir, tout simplement, et dont le dénouement se révèle en petites touches habilement construites. 

À partir de 11 ans – 208 pages

Découvrez le tome 1 : Le cri de l’arbre

La boîte, Anne-Gaëlle Balpe, éd. Sarbacane – 2015

téléchargement (14)Tous deux âgés de 20 ans, Malt et Jen ont un avenir qui semble tout tracé : ayant grandi dans une ville où règnent misère et pauvreté, chômage et alcoolisme, il semblerait bien qu’ils soient coincés dans ce lieu perdu. 

Les études, ce n’est pas leur truc. Le travail non plus. De toute façon, il n’y a rien à faire. Non, le plus clair de leur temps, ils le passent assis sur un banc, à discuter, avec des amis, une bière à la main. Rien de bien prometteur.

Mais un jour, une boîte. Posée là, par qui, ils l’ignorent. À l’intérieur de cette boîte, un message « Plus d’argent en échange d’un service ». Télé-réalité ? Caméra cachée ? Peut-être est-ce là l’occasion de changer de vie ? De repartir sur quelque chose de neuf ? De quitter cette ville pourrie ?

C’est ce qu’ils pensent. Mais ils sont bien loin de s’imaginer qu’au-delà des  suites de luxes, grands restaurants et vêtements à prix exorbitants, ils vont se retrouver pris dans les filets d’une organisation de trafics d’organes. À trop vouloir être curieux, ce qui aurait pu les laisser riches – moyennant un acte barbare et répréhensible, certes – va les impliquer dans une course-poursuite parsemée d’embûches, trahisons, violences et meurtres. 

Anne-Gaëlle Balpe signe ici un roman noir où rien n’est mis de côté, où peu de chance est laissée. Aucun personnage ne s’en sortira indemne, c’est bien là la triste vérité, mais c’est surtout LA vérité. Les personnages qui restent en vie s’en sortiront non s’en difficulté, et c’est ce côté réaliste qui est apprécié. Pas de chance laissée à ceux qui s’impliquent dans des affaires suspectes, côtoyant argent facile, meurtriers et trafiquants : c’est ça la vraie vie. 

Un roman emplit d’action, du début à la fin. Une intrigue prenante et qui nous surprend davantage au fil des chapitres. Au fil de l’histoire, le voile se lève sur les secrets, permettant de démasquer les personnages pour qui aucun retour en arrière n’est possible. 

Dans cette société de consommation, jusqu’où est-on prêt à aller pour de l’argent ? 

À partir de 14 ans – 188 pages

L’accident, Agnès Aziza, éd. Gründ – 2011

téléchargement (2)Un roman court, bref, autant que l’est un accident où tout se passe très vite. Une famille déchirée par la perte soudaine du grand frère, Henri, mort d’un accident de mobylette. Une histoire qui se passe majoritairement sur une journée, celle de l’accident. Du petit déjeuner en famille à l’instant où tout s’écroule, de ces choses que l’on regrette d’avoir dites et de celles que l’on ne pourra plus jamais dire.

Et il y a l’après, l’ensuite, où tout continue et où il faut vivre malgré la douleur et la perte. Instant éternité. 

La colère et les cris, l’effondrement d’un univers qu’est celui de Vanessa, la petite sœur qui raconte l’histoire, qui témoigne de ses émotions, de sa douleur. 

Le sous-titre annonce : « Aujourd’hui j’ai quinze ans trois jours et vingt heures comme mon frère le jour de l’accident ». Il ne faut dès lors pas s’attendre à un récit racontant des faits passés, bien au contraire. Le récit est figé dans son intégralité au moment qui suit l’accident, aux quelques heures et jours qui le suivent. Cet « aujourd’hui » ne prend place qu’en dernière page. Il semblerait donc que ce soit le moment où elle a fait son deuil, un moment qu’elle revit, puisqu’elle a désormais le même âge que son frère le jour de l’accident. La différence étant qu’elle continuera à vivre, à grandir, et pas lui. Un moment raconté comme si tout se déroulait une fois de plus, comme si elle revivait ce tragique accident. 

À partir de 13 ans – 52 pages