Dans les poches d’Alice, Pinocchio, Cendrillon et les autres… Isabelle Simler, éditions Courtes et Longues – 2015

Nous connaissons tous les personnages de contes, leurs aventures ou mésaventures. Mais savons-nous ce qu’ils cachent dans leurs poches ?

L’auteur, Isabelle Simler nous livre ici tous leurs secrets, avec poésie des coups de crayons et des couleurs.

Un magnifique livre-jeu excellemment bien pensé ainsi que conçu grâce auquel l’on pourra avec amusement retrouver le propriétaire de chaque poche. Et si l’on a besoin d’indices, chaque page est composée également d’un court texte venant lister les illustrations de cette même page.

Page après page, ces objets qui sont comme des souvenirs viennent tisser l’écho des histoires de notre enfance, objets appartenant à 42 personnages de contes ou de classiques littéraires.

 

« un ruban sans fin

une clé gigantesque

un bonbon salé

une carte à jouer

une petite clé en or

des miettes de gâteau à la rose

une chaise miniature

une sucette au thé anglais

et deux billes oeil-de-chat« 

Avez-vous deviné ?

 

À partir de 7 ans et pour tous les autres ! – 96 pages

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La nuit quand je dors…, Ronald Curchod, éd. Rouergue – 2014

La nuit quand je dorsUn petit bonhomme noir dort dans son lit, le temps semble figé, et c’est là le début d’une grande aventure dans l’univers du rêve. Un univers emplit de chimères, tantôt fascinant, tantôt perturbant, mais toujours un univers d’où se dégage une certaine étrangeté, d’où émane une certaine angoisse. Un livre troublant qui nous laisse perplexe jusqu’à la dernière page. Et nous voilà refermant le livre et le rouvrir pour reprendre au début, éclaircir ce trouble qui nous envahit. 

La nuit quand je dors 4Une succession d’images parcourues pendant la nuit du bonhomme noir, des images  provenant du creux de ses rêves. Une suite de peintures que traverse le personnage, passant d’un monde à l’autre le plus souvent par les airs, rencontrant successivement un renard, un ogre (évoquant singulièrement celui du Petit Poucet), une femme aux pupilles de chat, un ours polaire abritant une tribu de pygmées sur sa tête… Et toujours le regard s’éveillant, continuellement représenté dans les illustrations à travers les yeux du bonhomme noir, à travers ceux des autres personnages qui nous fixent.

Une assiette de poils mangés et voilà qu’une barbichette pousse au menton du petit bonhomme noir… Et en dernière page, un coucou suisse est apparu sur un pan de mur de la chambre, symbole du temps qui passe…

La nuit quand je dors 5La nuit quand je dors 6La nuit quand je dors 7

À partir de 10 ans

Le livre brûlé, T.2, Dans les eaux noires du lac, Françoise Grard, éd. Gulf Stream – 2015

Le livre brûlé 2Le livre brûlé en leur possession, alors que Chris et Irène tentent de déchiffrer les mystérieuses lignes qui composent le poème d’André Chanterel, voilà qu’Ulrich Hochgöriach enlève le faon et exige le livre en échange de l’animal. Découvrant le secret d’Irène et comprenant son attachement envers le jeune faon, Chris procède à l’échange. Mais voilà qu’au contact des mains d’Ulrich, le livre se consume, et retombe en cendres… 

N’ayant plus que leur mémoire pour faire vivre le poème, Chris et Irène vont être emportés dans un tourbillon d’événements et phénomènes tous aussi étranges et énigmatiques. Car l’anéantissement du recueil semble bien entraîner nos deux personnages dans un vertige fait de mystères et d’indices, les rapprochant de plus en plus au cœur de la vérité. 

La nuit suivant la destruction du livre, l’arbre gravé est arraché à sa terre, déraciné. Et, à son pied, Chris découvre une valise, vieille de 70 ans. Une valise contenant des vêtements, ceux d’une jeune femme, et surtout, un journal. 

Ce journal, c’est celui de Rachel Stein, une femme juive, envoyée dans le Morvan pendant la guerre afin d’échapper aux griffes des nazis. 

Quel est ce secret si douloureux qu’il ne laisse en paix ni la Nature ni la mémoire des protagonistes qui en sont issus ? La Nature semble avoir enfoui en elle la clé du secret, tout comme il se pourrait bien qu’il reste des témoins de cette funeste histoire… Les langues se délieront-elles ? Chris et Irène parviendront-ils à lire au-delà des vers du mystérieux poème ? Et si tous ces indices ne menaient qu’à un endroit ? Et si pour découvrir la clé de ce lourd secret il fallait plonger dans les sombres profondeurs des eaux du lac de Varmont ? 

Après un premier roman plein de mystères et qui tient le lecteur en avidité, ce second tome est davantage captivant. L’auteur sait retenir l’attention de ses lecteurs, de son écriture fluide et dynamique, où les événements s’enchaînent juste comme il faut, sans trop d’attente. Un coup de cœur pour ce roman qui se lit avec plaisir, tout simplement, et dont le dénouement se révèle en petites touches habilement construites. 

À partir de 11 ans – 208 pages

Découvrez le tome 1 : Le cri de l’arbre

Monsieur Eliott, Claire Mazard, éd. Oskar – 2015

téléchargement (1)L’histoire d’un ours en peluche qui valait une fortune

Papillon, brocanteur, déniche dans le grenier d’une vieille dame un  antique ours en peluche bleu : vieux de 100 ans et pourtant en parfait état. Il en fait cadeau à sa petite-fille, Coco, venue passer les vacances avec lui. Mais si pour cette petite fille l’ours a une valeur affective, sentimentale, il va devenir la proie de malfrats trafiquants de vieux jouets aux noms rocambolesques puisque ces derniers ont pour noms Boucle d’Or et Bouledogue. Car cet ours bleu n’est autre qu’Elliot, un ours unique au monde et valant quelques millions d’euros…

Facile à lire, plaisant, enquête policière entre trafique de nounours et kidnapping, Claire Mazard signe ici un roman plein de rebondissements et d’aventures en perspective, dans lequel chacun se retrouvera un peu. N’a-t-on tous pas eu un ourson chétif, si cher à nos yeux ? 

À partir de 10 ans – 107 pages

Accident ?, Amélie Billon – Le Guennec, éd. Oskar, coll. « Court-Métrage » – 2014

AccidentQuand Lise se réveille, elle est au beau milieu d’une falaise, le corps endolorit, blessée à la tête et à la cheville. Elle ne se souvient absolument de rien : depuis quand est-elle là ? Comment s’est-elle retrouvée là ? Était-elle seule au moment de l’accident ? Difficilement, elle tente de se relever, de chercher de l’aide, et aussi des réponses. 

Elle n’y voit qu’une explication : son beau-père, Yves, l’a délibérément renversée, lui qui passe son temps à lui crier dessus et à la gifler. Yves, à ses yeux une ordure, bon à rien consacrant le plus clair de son temps à ses loisirs tandis que sa mère se démène au travail. 

A-t-elle raison d’avoir peur ? L’auteur nous laisse sur une double possibilité à la fin de ce court récit. Sentiment d’incertitude, légère tourmente planant à la fin de la lecture, voilà qui fait le charme de cette histoire. 

42 pages – À partir de 12 ans

Empreinte d’Ours, Conte de Corbeau / Christian Offroy, éd. Couleur Corbeau – 2014

Empreinte d'oursÀ la tombée de la nuit, les enfants s’approchent d’un tipi. Il s’agit du tipi de Corbeau, le conteur d’histoires. Le petit groupe d’enfants s’assoit près du feu. L’un d’entre eux se lève et demande l’origine de son prénom : « Je m’appelle Yutah ! On me nomme aussi Empreinte d’Ours. Pourquoi ? ». Et le conteur de lui répondre :

« Les noms que nous portons nous sont donnés par les membres les plus importants de notre tribu, parfois pour un bout de chemin, parfois pour toute la vie… Chaque nom a sa propre légende, laisse-moi te raconter l’histoire du tien Empreinte d’Ours ».

Et nous voilà emportés, transportés, dans les souvenirs de Corbeau, comme dans un film. Nous découvrons avec délectation les coutumes indiennes, l’histoire de chasseurs partis à la poursuite de bisons pour nourrir leur tribu, celle d’un enfant à naître. Au rythme des tambours et des chants des anciens retentit un cri : celui de la forêt, celui du puissant grizzly, celui de l’enfant né… Et l’on découvre comment et pourquoi cet enfant tient son nom du grand ours brun.

Un voyage au cœur de l’origine des noms, dont chacun possède sa propre légende, racontant comment les enfants sioux acquéraient leur premier nom, que ce soit pour un bout de chemin, ou pour toute une vie.

Empreinte d'ours 2

Un merveilleux conte enrichit de sublimes et captivantes illustrations : où l’on retrouve la magnificence des planches de la maison d’édition Couleur Corbeau. Les couleurs sépia encore une fois viennent apporter un effet de chaleur, de douceur. Ces illustrations sont des empreintes de souvenirs, des témoignages. Des traits d’une délicatesse sans égal, des tons chauds, mordorés, qu’on ne se lasse pas d’admirer encore et encore…

Les premières pages nous font entrer peu à peu dans l’histoire : le décor est posé, petit à petit dans un monde où tout est silence, calme. Comme un secret, un murmure : nous voilà bien inscrits dans l’univers du conte, du souvenir. De la délicatesse et beaucoup de poésie dans le choix des mots, dans les moments captivés pour créer l’image. Véritable œuvre d’art, cet album signe ici un coup de cœur. 

Restent en nos mémoiresEmpreinte d'ours 2

des souvenirs sauvages

un ours dans l’orage

un rêveur du tonnerre

debout sous les éclairs 

Empreinteune famille de loups

hurlant au clair obscur

le chant de la terre

parcelle de lumière

destinée à nous…

À partir de 9 ans – 64 pages

Lucien Lucien, Anne Houdy, éd. Alice, coll. « Le chapelier fou » – 2014

Lucien« Papa est allé voir ailleurs s’il y avait mieux. Et papa a trouvé mieux. Il est allé voir là-bas si maman y était. Comme elle n’y était pas, il est resté là-bas. C’était préférable ».

Voici les premières lignes qui composent le magnifique roman d’Anne Houdy, Lucien Lucien. Un roman emplit d’innocence et d’absence : absence d’une mère qui ne sait pas s’occuper de son fils ni l’aimer, qui se refuse à le garder auprès d’elle. Une mère qui n’a à l’égard de son enfant que reproches et désintérêt : elle lui reproche sa vie gâchée, le départ du père, son mal être quotidien… 

Une mère qui vit recluse, qui repousse son enfant et ne se préoccupe à aucun moment de son bonheur. Sans grande difficulté, elle le fait placer en famille d’accueil, le temps des vacances de la Toussaint. Arrivé sur le quai de la gare, Lucien est poussé dans le wagon, sa mère s’en va, sans un baiser, sans un signe de la main, sans un au revoir. 

Le pauvre petit Lucien va se retrouver chez Raoul et Léone, un couple de véritables campagnards, vivant dans une vieille maison au jardin boueux, en friche, et abritant un autocar vétuste, rouillé et abîmé par le temps. Une famille qui n’est pas prête et n’a pas les moyens de garder à ses côtés un petit garçon durant plusieurs mois… Car ce départ en famille d’accueil qui ne devait durer que le temps des vacances durera bien plus longtemps que Lucien ne l’espérait… Pendant ce temps, il n’aura de cesse de penser à sa mère, à son retour à la maison. Car cette mère odieuse reste avant tout une mère, et Lucien a besoin d’elle, de son amour. C’est là tout ce qu’il demande.  

On voudrait le renvoyer à sa maison, mais il n’a aucun papier, on ne connaît pas son nom de famille… Et quand on le lui demande, le pauvre petit qui est perdu, qui n’a aucun repère paternel et des repères maternels fortement chancelants répond : Lucien Lucien.

Lucien est un enfant dyslexique, qui, s’il a le sens des maux, n’a pas celui des mots… Un enfant dont la naïveté nous fait sourire, ou bien au contraire nous mettra en peine. Un petit Lucien perdu dans sa vie d’enfant, dans ses relations avec sa mère, un enfant qui n’a aucun sens de l’orientation, aucune notion de l’espace-temps. Chacune de ses maladresses et de ses lacunes trouvent ainsi une logique certaine dans son parcours de vie.

Car Lucien n’est qu’un enfant en mal d’affection, en mal d’exprimer tout ce qui bouillonne en lui, toutes ces questions qui le tourmentent. Les lettres et les mots se bousculent et deviennent à leur tour des maux, douloureux et incapables d’exprimer ce qu’il ressent au fond de son petit cœur. 

Un récit fort en émotion, qui nous donne à ressentir de la tristesse et de la compassion envers Lucien. Une innocence oh combien touchante de l’enfant qui se perd dans les mots comme il se perd dans la vie. Un enfant qui prend les expressions de la langue et les mots au pied de la lettre, ce qui est parfois drôle, parfois donne de la peine. Une naïveté poétique qui donne le ton au roman, apportant une légèreté telle qu’elle permet de traiter ce lourd sujet qu’est celui de l’abandon d’une mère. 

Traité de manière un peu rustre, dans une famille qui ne le nourrit pas s’il rentre en retard parce qu’il s’est perdu en chemin, le jeune enfant tombera gravement malade… Sa mère aura-t-elle la force de revenir sur ses pas ?

« Allongée, elle garde le lit toute la journée. Je ne sais pas pourquoi elle garde le lit toute la journée ; personne ne va lui prendre, son lit. Elle ferait mieux de me garder moi, avec elle. C’est plutôt moi qui la garde, maman. Elle est souvent malade. Et j’aimerais bien la garder pour toujours ». 

À partir de 9 ans – 128 pages